Rio de Janeiro (Brésil) – La réélection dans un mouchoir de poche de la présidente de gauche Dilma Rousseff a révélé au grand jour les défis qu’elle devra relever pour unir le Brésil, relancer une économie en berne et rassurer les marchés.

La candidate du Parti des travailleurs (PT) l’a emporté avec 51,64% des voix contre 48,36% pour son adversaire de centre droit Aecio Neves, du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), au terme d’une campagne électorale âpre et virulente qui a divisé les Brésiliens en fonction de leurs classes sociales.

Plusieurs chefs d’Etat se sont empressés de féliciter la présidente réélue, du Vénézuélien Nicolas Maduro à l’Américain Barack Obama et, au Russe Vladimir Poutine, ainsi que l’Union européenne.

Les marchés toutefois n’ont pas eu le même enthousiasme après la défaite dimanche de M. Neves, qui incarnait « le changement » et promettait un tournant libéral pour relancer la croissance en panne depuis quatre ans. Il avait la sympathie des milieux d’affaires et celle de la haute classe moyenne ainsi que de tous les déçus des scandales de corruption qui ont impliqué le PT.

Lundi, la Bourse de Sao Paulo reculait de 3,70% à la mi-journée après avoir plongé de 6% à l’ouverture.

« On s’attendait à ce que le marché réagisse par des pertes lundi car la présidente doit annoncer cette semaine qui sera son ministre de l’Economie », a déclaré à l’AFP l’économiste en chef de Gradual Investimentos, André Perfeito.

– Relancer la croissance –

« Le mot le plus répété pendant la campagne a été +changement+. J’ai été réélue à la présidence pour faire les changements que la société souhaite », a souligné Mme Rousseff dans son premier discours à l’issue du scrutin où elle a promis d’adopter des mesures « pour récupérer notre rythme de croissance ».

Pendant la campagne, Mme Rousseff avait annoncé le départ du ministre de l’Economie Guido Mantega, en poste depuis 2006, mais n’a pas dit qui lui succéderait.

Pour l’analyste de Sao Paulo Marco Anonio Texeira, son premier défi « sera de se rapprocher des marchés financiers et des milieux économiques en prenant des mesures négociées avec eux. Autrement, elle n’aura jamais la paix et le pays le paiera très cher ».

Elue en 2010 dans l’euphorie finissante de l’âge d’or de la présidence de son mentor Lula, l’ex-guérillera Dilma Rousseff, 66 ans, avait hérité d’une croissance économique annuelle de 7,5% mais pendant son premier mandat la croissance a été très modérée et le Brésil est même entré en récession au premier semestre 2014.

La présidente va devoir comme elle l’a promis dimanche soir s’atteler à réconcilier un pays divisé, donner des gages sur l’économie et la corruption.

La victoire de Mme Rousseff intervient au terme d’une campagne à couteaux tirés, émaillée d’attaques personnelles amplifiées par les réseaux sociaux, qui a radicalisé le clivage gauche-droite dans le géant émergent d’Amérique latine.

Le mécontentement grandissant est lié au ralentissement économique et aux scandales de corruption impliquant le parti présidentiel qui ulcèrent de plus en plus la population.

– ‘Bien meilleure présidente’ –

L’ex-guerillera a immédiatement tiré les leçons de sa victoire étriquée, en promettant d’être « une bien meilleure présidente » qu’elle ne l’a été.

Devant la foule en liesse de ses militants à Brasilia, elle a célébré sans emphase la victoire en s’engageant à placer son second mandat sous le signe du « dialogue ».

Dilma Rousseff, qui prêtera serment le 1er janvier prochain, a donné de nombreux gages aux mécontents. Elle a promis de sévir durement contre la corruption et de promouvoir une réforme d’un système politique décrié et à bout de souffle, en dialoguant avec le Parlement et en consultant les Brésiliens par référendum.

Elle s’est également adressée aux milieux économiques et aux marchés financiers qui l’ont prise en grippe à cause de son interventionnisme, à leurs yeux responsable de l’entrée en récession du Brésil et de la surchauffe de l’inflation.

Dilma Rousseff a réitéré son engagement de « combattre avec rigueur l’inflation » et promis de nouvelles « impulsions au secteur économique », afin de retrouver « notre rythme de croissance en garantissant notre niveau élevé d’emploi et la valorisation des salaires ».

Elle a enfin appelé à une sorte de paix des braves post-électorale.

Selon l’analyste Daniel Barcelos Vargas, de la prestigieuse Fondation Getulio Vargas de Rio, « Rousseff va devoir unir un Brésil aujourd’hui scindé en deux avec une grande animosité. Sa grande tâche sera de gouverner pour les 48% qui ont voté contre elle, entendre et dialoguer ».

(AFP)

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