Si la pression de la rue a eu raison de Blaise Compaoré, les manifestants ne semblaient guère souhaiter voir le chef d’état-major des armées prendre les rênes du pays.

La rue a eu raison de Blaise Compaoré mais n’a pas obtenu totalement ce qu’elle réclamait. En se proclamant président de transition du Burkina Faso après la démission du chef de l’Etat, le chef d’état-major des armées, Honoré Nabéré Traoré, n’a pas fédéré les manifestants en colère, qui souhaitaient plutôt voir l’ancien général à la retraite, Kouamé Lougué, prendre les rênes du pays. Selon les témoins sur place, le slogan « Honoré Traoré démission » alternait ainsi avec celui de « Blaise dégage ». « Nous ne souhaitons pas que le général Traoré soit aux affaires. Il faut quelqu’un de valable. Traoré est l’homme de main de Blaise Compaoré », a accusé Monou Tapsoaba, un militant du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP – opposition).

Le président auto-proclamé est en effet un fidèle du président déchu. Il fut notamment à ses côtés lors de son coup d’Etat en 1987. Il a été nommé le 15 avril 2011, après des mutineries de soldats et des émeutes menées par des commerçants.

Le lieutenant-colonel Zida, porte-parole de l’armée burkinabè, a tenté de rassurer la population, lors d’un discours à Ouagadougou, rapporté par RFI : « Personne ne va voler cette victoire », « toutes les décisions importantes seront prises ici ‘ »place de la révolution' » [nom donné à la place de la Nation, par les manifestants, ndlr], et « pas dans les bureaux ». « Vous aurez l’occasion de dire si vous n’êtes pas d’accord. »

Kouamé Lougué, longtemps favori

Le général à la retraite Kouamé Lougué s’était pourtant imposé comme l’homme fort de la situation. L’ampleur de sa popularité a pu être mesurée dans les rues de Ouagadougou, où son nom a été scandé par tous les contestataires qui se sont rassemblés depuis plusieurs jours dans la capitale. Il a fait office de médiateur entre les différentes parties. Il a rencontré jeudi, Nabéré Honoré Traoré et les plus hauts gradés du pays, s’est entretenu avec les partis d’opposition et le Mogho Naba, le « roi » des Mossi (ethnie principale du pays), une autorité morale et coutumière très respectée dans le pays. Selon ses proches, il cherchait à apaiser la situation sans intention de renverser le président.

Cependant, ses intentions ont été ambiguës. Interrogé par le site la « Voix de l’Amérique », sur la possibilité qu’il puisse diriger la période de transition qui s’annonce, il avait répondu : « Si l’état-major me le demande, nous sommes ensemble. Si mes frères d’armes me le demandent et me font confiance, il n’y a pas de raison que je refuse la tâche qu’ils veulent me confier.  » A RFI qui l’a contacté, il a souligné que s’il ne faisait plus partie du commandement de l’armée, il est toujours un militaire actif et à la disposition de l’état-major. Kouamé Lougué aura finalement été écarté par ce dernier.

 (Le Nouvel Obs)

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