Double explosion à Beyrouth : au moins 100 morts selon un bilan provisoire ; l’explosion serait partie d’un stock de nitrate d’ammonium

Une double explosion a frappé la capitale du pays, mardi en fin de journée, faisant au moins 100 morts et 3 700 blessés dans une ville dévastée. La France va envoyer des secours.

Une très violente double explosion a secoué mardi 4 août, vers 18 h 10 (17 h 10, heure de Paris), le port de la capitale libanaise, Beyrouth, ravageant une grande partie de la ville. Selon le dernier bilan de la Croix-Rouge libanaise, plus de 100 personnes ont été tuées et plus de 4 000 autres blessées. Le ministère de la santé a fait état d’au moins 78 morts.

Réuni d’urgence, le Conseil supérieur de la défense a déclaré que les déflagrations étaient dues à l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port. Le nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs, est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001.

 

« C’est une catastrophe dans tous les sens du terme, a déploré le ministre de la santé, Hamad Hassan. Les hôpitaux de la capitale sont tous pleins de blessés. » Face à l’ampleur de cette catastrophe, qui touche en son cœur un pays au bord du gouffre, le premier ministre libanais, Hassan Diab, a fait appel, mardi soir, à l’aide internationale.

Mercredi matin, la capitale libanaise, déclarée ville « sinistrée », s’est réveillée sous le choc dans un paysage apocalyptique. Les autorités ont déclaré un jour de deuil national.

Selon de très nombreuses vidéos publiées sur les réseaux sociaux, un incendie était déjà en cours dans des bâtiments sur les quais du port de Beyrouth quand une explosion a provoqué un souffle massif et une très haute colonne de fumée dans le ciel, vraisemblablement lorsque le feu a atteint un entrepôt contenant le nitrate d’ammonium.

Selon des témoins, les déflagrations ont été entendues jusqu’à la ville côtière de Larnaca, à Chypre, distante d’un peu plus de 200 km des côtes libanaises. Les vitres des immeubles et des magasins ont volé en éclats à des kilomètres à la ronde. Aux abords du quartier du port, les dommages et les destructions sont considérables. Trois heures après l’explosion, l’incendie n’était toujours pas éteint sur place. Dans le port, un navire en flammes faisait craindre mardi soir une explosion de son réservoir de carburant.

L’onde de choc a provoqué des destructions partielles ou totales de bâtiments, des incendies et d’innombrables dégâts dans toute la ville sur des kilomètres, et le bilan humain, encore évolutif mardi soir, est très lourd.

Dans les minutes et les heures qui ont suivi l’impressionnante déflagration, les services de secours ont été massivement sollicités, et le ballet des ambulances aux sirènes hurlantes et des camions de pompiers s’est ajouté au chaos urbain. Les médias locaux ont diffusé des images de personnes coincées sous des décombres, certaines couvertes de sang. Des témoins ont raconté avoir vu dans le secteur du port des dizaines de blessés à terre.

A la suite de la double explosion, de nombreux habitants blessés ont marché en direction des hôpitaux, ces derniers ont été rapidement submergés, selon des témoins. Dans le quartier d’Achrafieh, des blessés se sont rués vers l’Hôtel-Dieu, et devant le centre médical Clemenceau, des dizaines de blessés, dont des enfants, parfois couverts de sang, attendaient d’être admis. La Croix-Rouge libanaise a appelé sur Twitter les habitants à donner de toute urgence leur sang dans n’importe quel endroit du pays.

« Il y a des morts et des blessés partout, dans toutes les rues et dans tous les quartiers, qu’ils soient proches ou éloignés de l’explosion », a déclaré le chef de la Croix-Rouge libanaise, George Kettani. Des secouristes, épaulés par des agents de sécurité, ont cherché toute la nuit des survivants ou des morts coincés sous les décombres. Les opérations continuaient mercredi.

« J’étais chez moi lorsque le souffle de l’explosion a tout emporté, raconte au Monde Georges Haddad, 29 ans, directeur de l’ONG ALEF. Le plafond de mon appartement s’est effondré, et avant même de me rendre compte de ce qui se passait, j’étais en sang, blessé à la tête. » Il était dans le quartier d’Achrafieh, proche du lieu de l’explosion. « Immédiatement, on a entendu le bruit des alarmes de voiture, les hurlements des gens, des pleurs, des pas pressés sur le verre brisé qui recouvrait le sol des rues et des appartements. Je me suis rendu à l’hôpital Rizk vers 18 h 30, qui était pris d’assaut. »

Parmi les victimes de l’explosion figure Nizar Najarian, secrétaire général du parti Kataëb, l’une des formations historiques de la droite chrétienne. Mardi soir, les secours continuaient d’affluer dans le quartier du port afin de sortir les blessés des décombres.

L’ONU au Liban a affirmé que des casques bleus avaient été grièvement blessés à bord d’un navire endommagé par les explosions. Des membres du personnel de l’ambassade d’Allemagne ont aussi été blessés, selon Berlin.

Le premier ministre libanais, Hassan Diab, a lancé « un appel urgent à tous les pays amis et les pays frères qui aiment le Liban à se tenir à ses côtés et à nous aider à panser nos plaies profondes ».

« Ce qui s’est passé aujourd’hui ne passera pas sans que des comptes soient rendus », a-t-il ajouté lors d’une allocution télévisée mardi soir. « Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2 750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire sur cette question », a-t-il également déclaré devant le Conseil supérieur de la défense.

Le président libanais, Michel Aoun, a également convoqué une « réunion urgente » du Conseil supérieur de la défense. Le Hezbollah libanais a appelé mardi soir à l’unité nationale afin de surmonter une « douloureuse tragédie ».

Le Liban, déjà miné par la corruption et les difficultés économiques, traverse également sa pire crise depuis des décennies. « On a beau tous être des survivants dans ce pays, on ne peut pas survivre à tout, témoigne au Monde l’écrivaine libanaise Hyam Yared. Et la colère est immense, car le Liban n’en peut plus. Il y a au cours des derniers mois cette nouvelle crise politique qui n’en finit pas, la cherté de la vie qui pousse les gens ordinaires dans la misère, et maintenant, symboliquement, la destruction de notre ville. »

Dans un contexte d’accrochages récents avec le Hezbollah dans le sud du Liban, Israël a assuré n’avoir « rien à voir avec cet incident », selon un responsable israélien s’exprimant sous le sceau de l’anonymat à l’agence Reuters. Le ministre des affaires étrangères israélien a déclaré à la chaîne de télévision N12 que l’explosion était vraisemblablement imputable à un accident provoqué par un incendie. D’après les quotidiens israéliens Haaretz et Yediot Aharonot, le gouvernement israélien s’est adressé au gouvernement libanais par le biais de médiateurs internationaux pour offrir à Beyrouth une aide humanitaire et médicale.

L’Iran a également exprimé le soutien de son pays au peuple « résilient » du Liban. Le président iranien, Hassan Rohani, s’est dit « prêt à envoyer une aide médicale au Liban et propose également des soins pour les blessés et toute autre assistance médicale nécessaire ».

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La France a fait savoir, par la voix de son président, Emmanuel Macron, qu’elle se tenait « aux côtés du Liban ». « Nous déployons au Liban un détachement de la sécurité civile et plusieurs tonnes de matériel sanitaire. Des urgentistes vont également rejoindre Beyrouth au plus vite pour renforcer les hôpitaux », a écrit le chef de l’Etat sur Twitter. Les avions transportant « un détachement de la sécurité civile [55 personnes, 15 tonnes de matériel] et un poste sanitaire mobile incluant 6 tonnes de matériel et permettant la prise en charge de 500 blessés » doivent arriver au Liban en fin d’après-midi, a précisé l’Elysée.

Le président Donald Trump a estimé, de son côté, que les explosions meurtrières à Beyrouth « ressemblaient à un terrible attentat » et que des experts militaires lui avaient parlé d’une « bombe », provoquant la confusion. Le Pentagone a refusé de s’exprimer sur la question. Le milliardaire républicain a transmis la « sympathie » des Etats-Unis au Liban et répété que son pays se « tenait prêt » à apporter son aide.

Le Royaume-Uni s’était également dit prêt mardi soir à aider le Liban. « Les images et vidéos de Beyrouth ce soir sont choquantes », a tweeté le premier ministre, Boris Johnson, adressant toutes ses « pensées et prières » aux victimes.

(Le Monde avec AFP et AP,Publié hier à 18h10, mis à jour le 05-08-2020 à 10h17)

 

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