Egypte : Une écrasante et prévisible victoire du maréchal Sissi

Le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi a, comme cela était attendu, très largement remporté l’élection présidentielle qui s’est étalée sur les trois derniers jours en Egypte.

Selon des résultats provisoires diffusés mercredi 28 mai par son état-major de campagne, il recueille près de 92 % des suffrages exprimés (23,38 millions de votes) alors que les opérations de dépouillement étaient quasiment terminées.

Le candidat de gauche Hamdine Sabahi, son unique adversaire, obtiendrait 3 % (735 285 votes) et les bulletins nuls représenteraient 3,7 % .

Mais le taux de participation, estimé à 44,4 % selon ces mêmes sources, est plus faible que prévu, et pourrait peser sur la légitimité du vainqueur. Lors de la présidentielle de 2012, remportée par Mohamed Morsi, 46,5 % des électeurs s’étaient déplacés au premier tour, 52 % avaient participé au second. Abdel Fattah Al-Sissi, présenté comme le « sauveur de la nation » face au danger des Frères musulmans, échappe donc au désaveu d’une abstention de masse.

  • Un scrutin sans surprise…

‘élection d’Al-Sissi, qui a destitué et fait emprisonner il y a 11 mois l’islamiste Mohamed Morsi, le premier président à avoir été élu démocratiquement en Egypte, ne faisait aucun doute.

Lire notre portrait : Le maréchal Al-Sissi, futur raïs d’Egypte

Al-Sissi n’était confronté qu’à un unique et pâle adversaire à la présidentielle, le leader de la gauche Hamdine Sabahi. De nombreux représentants de l’opposition ont été tués ou emprisonnés depuis la destitution de Mohamed Morsi le 13 juillet 2013.

  • Egypte: un 3e jour de présidentielle, faible participation

    La présidentielle en Egypte se prolonge mercredi 28 mai d’un troisième jour pour tenter de relever un taux de participation dont la faiblesse pourrait entacher la légitimité de l’homme fort du pays Abdel Fattah al-Sissi qui espérait une victoire sous forme de plébiscite. 00:49

Dès les premières annonces, des milliers de partisans du militaire ont fêté sa victoire dans les rues du Caire. Même sur la place Tahrir, où est née la révolution qui a fait chuter Hosni Moubarak, des vendeurs proposaient des figurines en habits militaires, rappelant la forte influence de l’armée dans le pays.

  • … mais prolongé d’un jour

A l’issue des deux jours de l’élection, la participation était estimée à 37 %, loin des 51,8 % de l’élection en 2012 de Morsi. Ce qui a conduit à l’annonce surprise mardi soir de prolonger de 24 heures un scrutin initialement prévu sur deux jours, « pour permettre au plus grand nombre de voter », selon la commission électorale issue du gouvernement.

Invoquant la « chaleur » qui aurait dissuadé nombre d’électeurs de se rendre aux urnes, elle a déclenché les critiques et les sarcasmes des organisations de défense des droits de l’homme, qui ont dénoncé une « farce ». Après observation, on constate que les jeunes sont les grands absents du scrutin, bien que les 18-40 ans représentent plus de 60 % du corps électoral, selon le Conseil national égyptien des droits de l’homme.

Lire notre reportage au Caire (édition abonnés) : En Egypte, le maréchal Al-Sissi élu sans surprise ni réelle concurrence

Les Frères musulmans ont réagi en estimant que le boycott des urnes était « une nouvelle gifle » au pouvoir de Sissi et signait le « certificat de décès du coup d’Etat militaire » du 3 juillet. La confrérie de Mohamed Morsi a été la principale cible de la répression du nouveau pouvoir (comptant dans ses rangs près de 1 400 morts et quelque 15 000 arrestations).

Shadi Hamid, chercheur au Saban Center américain, expliquait quant à lui :

« Personne hors d’Egypte ou en Occident n’a jamais cru qu’il s’agissait d’une élection libre et juste ». Mais avec la prolongation du scrutin, « le régime apparaît comme incompétent et ne cachant pas son cynisme, ce qui va galvaniser les Frères musulmans qui diront qu’ils dénonçaient cela depuis le début ».

Pour le politologue Gamal Abdel Gawad, le maréchal Sissi n’avait « pas besoin de placer la barre si haut en termes de participation, car quand le résultat d’un scrutin ne fait aucun doute, il n’y a pas grand-chose à faire pour inciter les gens à se déplacer pour voter ».

(Le Monde,28-05-2014)

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