France:Comment Valls a obtenu l’interdiction du spectacle de Dieudonné

Le ministre de l’Intérieur, qui a érigé l’affaire Dieudonné en « combat politique », a obtenu le maintien de l’interdiction du spectacle de Dieudonné à Nantes ce jeudi soir, qui invalide ainsi l’avis contraire rendu quelques heures avant par le tribunal administratif de Nantes. Récit de la journée.

Manuel Valls est monté d’un cran ce jeudi dans sa gestion du cas Dieudonné M’Bala M’Bala. Le premier flic de France fait désormais de ce cas un « combat politique ». Voilà pourquoi il a saisi ce jeudi après-midi en appel le Conseil d’Etat pour contester la décision du tribunal administratif de Nantes qui a autorisé de fait, quelques heures plus tôt, le spectacle de Dieudonné, initialement interdit par le préfet.

Sifflets au Zénith

L’audience en référé devant la plus haute juridiction administrative a débuté à 17 heures. La décision est intervenue peu avant 19 heures, soit une heure et demie seulement avant le début du spectacle du polémiste, alors que les premiers spectateurs affluaient vers le Zénith de Saint-Herblain, près de Nantes.

« L’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes en date du 9 janvier est annulée », stipule l’ordonnance du conseil d’Etat dans son article 1.

Dans la salle de spectacle, des sifflets et des cris ont accueilli l’annonce de l’annulation après que le Directeur départemental de la sécurité publique(DDSP) Jean-Christophe Bernard, eut annoncé l’interdiction du spectacle. Certains spectateurs ont chanté la Marseillaise. D’autres ont fait des doigts d’honneur devant les caméras, un autre a fait une « quenelle », tandis que d’autres scandaient « la quenelle » ou « Dieudonné ».

Première manche perdue

Manuel Valls a gagné la deuxième manche judiciaire du jour. En début d’après-midi, le tribunal administratif de Nantes avait pourtant suspendu « l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a interdit la représentation du spectacle Le Mur de M. Dieudonné M’bala M’bala le 9 janvier 2014 au Zénith de Saint-Herblain », en ajoutant que le spectacle « ne peut être regardé comme ayant pour objet essentiel de porter atteinte à la dignité humaine ».

Par ailleurs, le tribunal avait noté dans son communiqué que « le risque de troubles publics causés par cette manifestation pour lesquels il n’est pas établi que le préfet ne disposait pas des moyens nécessaires au maintien de l’ordre public ne pouvait fonder une mesure aussi radicale que l’interdiction de ce spectacle ». (télécharger ci-dessous la décision du tribunal).

« Prendre des risques »

Mais pour le ministre de l’Intérieur, la décision du gouvernement d’interdire les spectacles de l’humoriste antisémite ne relève plus seulement de faire respecter l’ordre public. « C’est un combat qui n’est pas que juridique et judiciaire. C’est un combat politique. Il ne fallait pas laisser passer ces propos insupportables ».

Interrogé à ce sujet ce jeudi matin par la presse en marge d’un déplacement à Rennes chahuté par des soutiens à Dieudonné, le ministre de l’Intérieur n’a pas hésité à incarner ce « combat », en se mettant lui-même en scène. « Le rôle d’un responsable politique public, c’est de prendre des risques », a-t-il affirmé.

Selon lui, l’action du gouvernement a eu pour résultat que « tout le monde a compris que ce n’est pas un humoriste, ses spectacles sont des meetings ». « Il fallait réagir. L’action que j’ai entreprise a eu l’avantage de remobiliser tout le monde, y compris les services de l’Etat. L’élément déclencheur, c’est qu’il commençait une tournée. »

« On dit souvent que c’est lui faire de la publicité, c’est une vision fausse. (…) C’est important d’en parler », a ajouté Manuel Valls, pour qui les gens qui se rendent désormais aux spectacles du polémiste « savent de quoi il s’agit ».

Posture

Peaufinant sa posture, le ministre de l’Intérieur a lancé: « Nous ne pouvons pas accepter les actes racistes, les actes antisémistes, les actes antimusulmans. Il y a quelque chose dans ce pays qui est inacceptable c’est la parole de haine à l’égard de quiconque. Cette parole de haine ou les gestes qui sont des paroles de haine seront combattus et ils le seront avec une très grande détermination par le gouvernement. »

La remarque du locataire de la place Beauvau est cocasse alors que lui-même avait stigmatisé les Roms en mettant en doute leur faculté à s’intégrer à la population française.

« Situation délicate »

La décision du tribunal administratif de Nantes a donné lieu à des réactions divergentes sur le « combat » mené par Manuel Valls.

(l’Humanité.fr)

 

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