Dimanche 24 Février 2019 Le Dinar Algérien

Jusqu’en 1968, le dinar algérien était plutôt lourd, presque une devise.

Avec 200 DA par exemple la ménagère pouvait s’offrir au marché pratiquement tout ce qu’elle voulait et remplir son couffin de viande, de pommes de terre, d’oignons, de tomates, de salades vertes, de fruits de saison, en plus du café et des détergents, sans compter les boissons (eau minérale et limonade).

La même somme aujourd’hui suffirait tout juste à acheter 4 kg de pommes de terre au cours actuel.

Avec 200 DA, on pouvait se permettre sur le plan vestimentaire d’acheter une chemise et un pantalon.

A titre de repère, un pardessus en laine de grande qualité dépassait rarement les 350 DA.

A cette époque-là, le dinar algérien qui était très courtisé chez nos voisins s’échangeait au Maroc, du moins à Oujda à raison de 100 DA algériens contre 120 dirhams marocains.

L’ancien franc français sur le marché informel était échangé à raison de 1000 DA soit 100 000 centimes contre 80 000 centimes français.

La valeur de notre monnaie nationale commencera à dégringoler à partir des années 1975 avec la décennie des ruptures, des pénuries et des taux d’inflation impossibles à juguler.

Le boudiou,le mohammadia,le dirham …

Constat

C’est pendant les premières années de l’occupation française que l’Algérie connaîtra sa véritable grande anarchie en matière de monnaie.

Il faut se dire qu’en matière de monnaie, les choses n’ont jamais été très claires dans notre pays en particulier pendant la Régence d’Alger et surtout après.

Historiquement, la première monnaie officielle en Algérie a été frappée bien avant l’époque de Massinissa.

Nous en avons la preuve par le nombre considérable de pièces trouvées au cours de fouilles dans les environs de Constantine.

Elles étaient en plomb et en bronze et servaient de moyens d’échanges internes sur le plan commercial.

Selon un document actuellement en notre possession, pendant les trois siècles de domination turque, les différents deys d’Alger battaient leur monnaie indépendamment du sultan de Turquie.

Avec ou sans son consentement, cela est à faire.

En tout cas, elles étaient de trois types.

Il y avait ce qu’on appelait à l’époque le « real drahem seghir ».

Il était en argent et représentait une valeur approximative de 62 francs.

Il y eut ensuite la pièce d’or appelée le « real boudjou », qui équivalait à deux francs. Le dernier spécimen, le « sequin soltani » valait à peu près 0040 fr, autant dire pas grand-chose.

Il semblerait que le dey de Constantine, qui représentait la couronne ottomane, ait frappé sa propre monnaie mais au nom du sultan Mahmoud II et cela pendant 7 ans jusqu’à sa défaite contre les Français en 1839.

Ces pièces fabriquées, soit en cuivre, soit en argent, tels que les « boudiouds », pesaient un à deux grammes.

Le dey d’Alger suspendra lui aussi le monnayage et son atelier cessera définitivement d’émettre la même année.

Selon quelques numismates au fait de tous les détails, des quarts de « boudiouds » existeraient de nos jours, mais feraient partie de collections privées.

D’une manière générale, les monnaies algériennes de la période turque étaient conçues dans plusieurs métaux comme l’or, l’argent, le bronze ou le plomb.

Elles comportaient des motifs orientaux et des caractères arabes très élégants ainsi que le lieu et la date à laquelle elles ont été frappées.

Une inscription revenait toujours sur l’envers de ces pièces :

« Sultan des deux terres et commandant des deux mers, le sultan bénit ses victoires ».

C’est pendant les premières années de l’occupation française que l’Algérie connaîtra sa véritable grande anarchie en matière de monnaie.

Cette instabilité que l’on peut expliquer par l’insécurité et les grands chamboulements économiques décidés par les vainqueurs, était due d’abord à l’abondance sur le marché de fausses monnaies locales en provenance de Kabylie entre 1830 et 1851, ensuite par le rejet des autochtones de la monnaie française et l’utilisation de monnaies étrangères beaucoup plus prisées.

Dans l’ouest du pays par exemple, les marchands effectuaient la plupart de leurs opérations commerciales en monnaie espagnole ou en or et souvent même en dirhams marocains, la frontière étant à cette époque relativement accessible et perméable.

Même chose à l’est du pays, particulièrement dans le Constantinois où les transactions se faisaient en monnaie tunisienne.

Bref, entre le débarquement français en 1830 et la reddition de l’Emir en 1847, les monnaies utilisées dans notre pays étaient les suivantes : le boudiou turc, le mohammadia algérien, le dirham marocain, l’or espagnol, les pièces tunisiennes et la fausse monnaie frappée en Kabylie.

Nos billets doivent être relookés

L’émission d’un nouveau billet de 2 000 DA qui est introduit dans le circuit monétaire devrait servir aux responsables fiduciaires du pays pour procéder à un véritable toilettage de nos billets particulièrement ceux de 200 DA qui sont dans un état lamentable. Sales, scotchés, déchirés, parfois en lambeaux, ils sont souvent refusés par les commerçants, voire les clients eux-mêmes.

Si des billets de 100 DA sont encore en circulation, les centimes de dinars en revanche sont rares, en tout cas inusités sur le marché.

Quant aux pièces de 1 DA, elles ont tellement vieilli que leur effigie a presque disparu.

Il est temps que notre monnaie change de look.

Vous ne trouvez pas ?

Par Imaad Zoheir

 

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