sam. Nov 23rd, 2019

Le VENDREDI algérien !

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La nation n’est plus congelée et les vendredis ne sont plus monotones ou gris ! Je marche avec les marcheurs ! Une énergie mythique et une force légendaire se dégagent de cette rue qui parle, et dont les mots sont justes et transparents. Nuance aucune !

Le vendredi ! Combien il est rayonnant ce jour algérien !
Le vendredi est un jour algérien. Il n’existe nulle part ailleurs, ni dans l’Orient arabique ni dans l’Occident européen ! Dieu a conçu le vendredi pour les Algériens, pour eux seuls !
Ce ciel d’Alger qu’il soit bleu ou qu’il pleuve, le vendredi algérien est un jour algérien.
Si le dimanche, jour du Seigneur est un jour ennuyant et ennuyeux, le vendredi d’Alger est un jour de fête et des noceurs désobéissants.
En méditant sur ces manifestations géantes qui couvrent les rues et les places publiques d’Alger, j’ai pensé à Tahar Djaout. Lui, le poète du peuple. La voix et la voie du peuple. Le poète est une boussole historique !
Marchant avec les marcheurs du vendredi, le cinquième vendredi, dans la foule rugissante  qui traverse le tunnel algérois historique débouchant sur la place Maurice-Audin, j’ai vu Tahar Djaout entouré des jeunes brandissant le drapeau de l’Afrique du Nord, de Tamazgha et criant : “Liberté, justice, pouvoir dehors !” La baie d’Alger regarde ses enfants !
J’ai vite reconnu la voix de Tahar Djaout. Elle était discrète mais solennelle. Brouillée mais nette. Entrecoupée mais libre et fluide. Noyée dans les autres voix mais unique. La voix du poète demeure unique.
Quand j’ai fixé la marche grandiose, j’ai remarqué que Tahar Djaout avait deux grandes ailes, à l’image de celles de l’ange Gabriel sur cette photo-là faite dans un style naïf, collée au mur de notre salon, achetée par mon grand-père d’un marché populaire du village. Cette image de Gabriel me hante depuis mon enfance !
Tahar Djaout ne marchait pas, il survole les manifestants illuminés. Il avait un livre à la main gauche et une plume dans l’autre. J’ai vérifié les traits des visages qui l’entouraient, qui le regardaient, ils avaient eux aussi des livres et des instruments de musique à la main.
Nos morts ne mourront jamais ! Et parmi les marcheurs j’ai pu identifier Matoub Lounes, lui le fils de sa maman et de Beni Douala, sa belle voix chantant l’hymne national en kabyle. Un autre, la taille d’un géant, le plus grand des marcheurs, n’était autre que Abdelkader Alloula. Il était dans son silence prieur. Il regardait le bleu du ciel et écoutait le bruit des pas des marcheurs exécutant comme une danse de laâlaoui !? La manifestation avance et Alloula, l’homme timide ou pudique, a commencé à improviser un passage de la pièce Journal d’un fou de Gogol.
Parmi les marcheurs, j’ai vu Mesmar Dj’ha, Saïd Mekbel, il avait des moustaches plus sauvages que d’habitude, plus grandes que celles de Salvador Dali. Il était souriant ou moqueur !
Ils ne sont pas morts nos morts ! Parmi les marcheurs qui entouraient Tahar Djaout, il y avait Cheb Hasni, Azeddine Medjoubi, Katia Bengana, Rachid Baba-Ahmed, Ismaïl Yefsah, Bakhti Benaouda, Omar Ourtilane….
Et parce que c’est le vendredi d’Alger, ils ne sont pas morts nos morts !
Les enfants ne s’ennuient pas le vendredi, le vendredi algérien.
Le vendredi algérien n’est pas un jour de couscous, mais un jour de colère et de rêve qui font renaître l’oiseau mythique de ses cendres !
Le vendredi algérien n’est plus un jour de Dieu mais un jour d’hommes et de femmes de Dieu qui crient leur rage haut et fort contre une mafia qui a jeté tout un peuple en enfer !
Le vendredi algérien n’est plus un jour de prière mais un jour de mobilisation pour un État civil, de droits et de libertés.
Le vendredi algérien n’est plus un jour d’appel à la grande prière uniquement mais aussi un jour d’appel à la chasse des corrompus, à la chasse du pouvoir despotique.
Le vendredi algérien, les Algériennes et les Algériens prient ensemble, un Dieu rassembleur, c’est la Liberté, leur liberté.
Le vendredi algérien, les Algériennes et les Algériens font d’Alger, une fois encore et pour toujours, la Kaâba de la liberté et de la dignité.
Le vendredi algérien est le jour où se rencontrent les martyrs, les moudjahidine et les jeunes pleins de vie et d’avenir.
Le vendredi algérien n’est pas le vendredi de Robinson Crusoé, et l’Algérie n’est pas l’île d’égarement. Et nos morts ne mourront jamais !

(Par Amin Zaoui)

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