Seul le peuple détient et confère la légalité et la légitimité par des élections crédibles, propres et transparentes

L’histoire fait de l’homme soit un citoyen, soit un sujet ou un objet. Des historiens, des anthropologues, des ethnologues, des sociologues, des psychologues doivent revisiter l’histoire de l’Algérie car la falsification de l’histoire a été l’apanage du système politique.

L’histoire atteste avec force que le peuple amazigh, gardien de la mémoire collective, a toujours habité l’Afrique du Nord comme nation et peuple. Il faut se réapproprier l’histoire de l’Algérie, toute son histoire, avec une logique précise et une stratégie, car ceux qui oublient le passé n’ont pas d’avenir. L’amazighité, qui est une cause nationale, un patrimoine précieux hérité de nos ancêtres, est victime d’une discrimination et d’une marginalisation du système politique et des pouvoirs qu’il a engendrés, qui ont tenté de la détruire. Tamazight, véhicule de la culture amazighe issue de l’histoire et de la mémoire collective, a résisté aux entreprises réductrices du pouvoir qui a cherché à l’intégrer et à l’assimiler à l’arabité ou à la faire disparaître. Elle est vivante et illumine la vision de l’avenir. Tamazight doit être langue nationale et officielle au même titre que l’arabe.

L’algérianité est l’identité de l’Algérie et des Algériens. Les Algériens arabophones ne sont que des Berbères arabisés. L’Afrique du Nord doit être construite autour de trois piliers : l’environnement, le dialogue des cultures, l’économie. Le peuple algérien, digne et fier, majeur et souverain, qui a conquis de haute lutte sa libération du colonialisme, n’a plus droit à l’action politique qui est une action sur l’histoire et dans l’histoire. Il a été placé à l’indépendance du pays sous la tutelle de l’armée, qui conserve la réalité du pouvoir à l’aube du XXIe siècle, alors que de nombreux pays africains s’émancipent et s’ouvrent à des élections libres et transparentes pour élire leurs représentants. La devise «la Révolution par le peuple et pour le peuple» est devenue «gouverner pour le peuple et non par le peuple, sans le peuple et contre le peuple». Le droit du peuple à disposer de lui-même est devenu le droit de l’Etat à disposer de son peuple. Le pouvoir n’a de sens que s’il ne se substitue pas au peuple et s’exerce sous son contrôle. L’Algérie a connu «une longue nuit coloniale» suivie d’un longue dictature. Elle n’est sortie de l’ère coloniale que pour entrer dans l’ère de la dictature.

Il faut exprimer en toute liberté les réflexions qu’inspire l’état des lieux du pays

Le système politique est au-dessus des lois, a tous les droits, crée des relations de subordination avec la population par l’état d’urgence qui a duré 19 ans (de février 1992 à février 2011), le verrouillage du champ politique et médiatique, la répression des libertés individuelles et collectives. Quand le pouvoir en place contrôle tout et n’est contrôlé par aucune institution, il n’y a ni Etat de droit, ni séparation des pouvoirs, ni contre-pouvoir.

Le statut de la justice est au cœur de la crise que traverse le pays

La justice a abdiqué ses pouvoirs constitutionnels pour se mettre au service du pouvoir exécutif. Définir une politique de la justice n’implique pas une justice politique. Du fait que la nomination et la carrière des magistrats dépendent du Président et du ministre de la Justice et non du Conseil supérieur de la magistrature, la subordination de la magistrature au pouvoir exécutif est assurée. Les magistrats mis sous tutelle ne sont que les délégués, l’écho du pouvoir exécutif. La justice est-elle, peut-elle être une institution libre et indépendante dans un pays de dictature ? Pour Tayeb Louh, les affaires de corruption relèvent des instances judiciaires, qui dépendent de lui, ministre de la Justice. Les ministres de la Justice nommés par Bouteflika ont une lourde responsabilité dans la soumission de la justice à l’Exécutif, qui est un danger pour les libertés. Quand les parlementaires sont élus au suffrage universel par des élections propres et transparentes, ils sont à l’écoute de leurs électeurs. Quand ils sont élus par des élections préfabriquées, ils obéissent au pouvoir qui les a désignés.

Le Parlement s’est enfoncé dans un discrédit dont il ne se relèvera jamais. Le droit de manifester est reconnu par la loi, mais quand le peuple descend dans la rue, c’est à ses risques et périls, les risques sont grands et les périls certains. L’enseignement et l’éducation sont différents ; l’un permet d’avoir des connaissances, l’autre de savoir les utiliser, de favoriser la compréhension, la tolérance et de viser le respect des droits de l’homme. L’école suscite aujourd’hui un concert d’insatisfactions car elle s’enlise, se fige, perd sa finalité. Il y a des mesures à prendre, dans un premier temps, pour pallier aux insuffisances actuelles. Pour réformer l’éducation nationale, il faut associer les enseignants qui seront chargés d’appliquer les réformes.

Les maladies des puissants et des riches seraient-elles incompatibles avec les structures médicales du pays ? Leur vie serait-elle en danger s’ils se soignaient dans les hôpitaux et les cliniques de leur pays ? Le pouvoir prend en charge tous leurs frais d’hospitalisation. Pour autoriser les intérêts bancaires ou les assurances contraires à l’islam, on a fait appel aux fetwas, qu’il faut aussi appliquer à la femme. La femme, pilier du foyer, a des talents et des compétences qu’elle doit exercer en nombre dans la vie politique, économique, sociale, culturelle parce qu’ils expriment ses revendications de liberté et sa place, sa juste place dans la société, qui est l’égale de l’homme. Les trois armes dans la lutte contre les disparités restent : «La vérité des faits, la force du droit et la volonté d’aller jusqu’au bout.»

Tous les clignotants sont au rouge en matière économique

L’économique conditionne le social, qui à son tour conditionne le politique. Les 17 années du règne du président Bouteflika se caractérisent par l’infantilisme économique qui n’a pas assuré le décollage de l’économie ni fait de l’Algérie un pays émergent. Les dirigeants qui ont mal géré le pays n’ont pas fait grand-chose pendant la période riche, où le prix du pétrole a atteint 100 à 120 dollars le baril, pour affronter la politique d’austérité avec le chômage qui se traduira par des suicides de plus en plus nombreux, l’éclatement des familles par le divorce, la hausse des prix, l’inflation à deux chiffres. Les mesures sociales douloureuses qui vont bientôt être prises toucheront d’abord les déshérités, toujours sacrifiés, qui vont accroître les flux migratoires clandestins qui vont pour la plupart se noyer dans le plus grand cimetière marin de la Méditerranée. Le désespoir, le découragement, la détresse habitent les gens. Le pouvoir a ouvert un boulevard au libéralisme sauvage qui voue le pays à la dépendance étrangère et à l’économie informelle, mélange de l’argent et de la politique, qui a corrompu les institutions et les hommes qui les animent.

Après l’échec de l’industrie industrialisante de Belaïd Abdeslam, suggérée par le professeur De Bernus, l’industrialisation du pays est un objectif majeur, prioritaire. Les vergers qui produisaient les plus beaux fruits, les jardins et les terrains qui donnaient les plus beaux légumes sont remplacés par des bâtiments. L’économie de marché dans un pays où le marché ne marche pas est un handicap sérieux.
L’impunité dont bénéficient les corrupteurs et les corrompus est un scandale

Cette période est bénie par ceux qui s’enrichissent en toute impunité. La mafia politico-financière qui a pillé les deniers de l’Etat s’est accaparé du patrimoine national, a bénéficié de contrats économiques ou autres qui se sont concrétisés par des commissions perçues à l’étranger. Abdelmalek Sellal, Premier ministre, dégonfle toutes les affaires de corruption. Quand les partis du pouvoir, qui confondent gesticulation et action, agitation et force, disent d’un même élan qu’il n’y a pas de crise, que le pays va bien, se porte bien, ils tiennent ces informations du Premier ministre, qui les tient des décideurs de la Présidence. L’illusion du progrès entretenue par le pouvoir qui s’illusionne lui-même n’est que désillusion, mensonge sur mensonge, incompétence et irresponsabilité.

Le président Bouteflika a régné en s’appuyant sur l’armée, le DRS et la police

Le pouvoir se prend par des élections truquées et se garde par la dictature. En vertu de quel droit, si ce n’est celui de la force, le président Bouteflika, qui est illégitime parce qu’issu de fraudes électorales massives, régente le pays, s’impose au peuple et incarne sa volonté ? La légitimité du pouvoir ne peut venir ni du système politique ni des décideurs de l’armée, mais seulement du peuple qui détient et confère la légalité et la légitimité car c’est en lui que réside la légitimité. Bouteflika est à la fois le produit du système politique et la négation de Boumediène.

Il n’a pas pris de distance avec l’ivresse du pouvoir qui est mauvaise conseillère et n’a pas pris sur lui-même un regard extérieur. Il s’est approprié le pouvoir et l’a monopolisé, alors que le principe de base de la démocratie est l’alternance au pouvoir.

Il a voulu dépolitiser la société pour qu’elle soit soumise, domptée, domestiquée. Il concentre entre ses mains tous les pouvoirs sans être en mesure de les exercer. Le pouvoir glisse entre ses mains qui ne peuvent plus le retenir. Il échoit à son entourage familial, sa fratrie, sa tribu, ses clans qui prennent les décisions en son nom et dirigent le pays par procuration.

La dynastie politique est un phénomène nouveau qui relève de la dictature. Le président Bouteflika a pris le temps passé à rallier l’état-major de l’armée pour se libérer de la tutelle de Mediène, dit Toufik, qui lui faisait de l’ombre. Diviser pour mieux régner est un exercice où il excelle. L’enjeu est l’existence de l’Algérie comme espace de démocratie, de liberté, de justice et de droits de l’homme. Il faut libérer le pays du système politique qui a confisqué le pouvoir depuis l’indépendance du pays.

Le tremblement de terre, m’a dit une vieille femme bien sage, enracinée dans le terroir, est la réplique de Dieu qui demande au peuple algérien d’agir pour que le rejet de la dictature s’associe à la volonté et à la détermination d’établir la démocratie.

La popularité du président Bouteflika auprès des clans et des partis du pouvoir réside dans une politique de redistribution des richesses qui n’ont pas servi au développement du pays. Le mal absolu qui guette l’Algérie est le FMI.

L’idéologie qui s’efforce d’expliquer que la légitimité du pouvoir ne peut venir que du système politique et des décideurs de l’armée trouve son expression la plus achevée dans le FLN, le RND et le TAJ qui, dans leur dérive totalitaire, soutiennent que le peuple est mineur et a besoin de tuteur. Les partis n’ont pas de production intellectuelle, mais orientent l’ENTV sur la voie de la déférence inconditionnelle à l’égard du pouvoir qui méprise les faits, fait de la propagande, de la manipulation et de l’intoxication de l’opinion publique.

Le pluralisme de l’information fait partie de la liberté d’expression qui est le fondement de toutes les libertés. Des partis qui n’ont pas d’enracinement populaire ne sont pas solidement implantés, n’ont pas de maillage politique sur l’ensemble du territoire et dont le fonctionnement interne n’est pas démocratique veulent se faire une santé politique dans l’opposition du pouvoir.

Le cadre naturel de la révision de la Constitution est l’état de droit

La révision de la Constitution du 7 février 2016 qui consacre le césarisme présidentiel s’est faite sans débat et à main levée pour éviter l’incertitude des bulletins de vote secret. Réviser la Constitution qui doit consolider le droit et l’Etat de droit, c’est la soumettre à la libre discussion populaire qui est le fondement de l’architecture populaire et la faire ratifier par référendum.

Abdou Diouf, 19 ans au pouvoir à la magistrature suprême au Sénégal, a dit : «Les peuples ne peuvent plus supporter que les mêmes restent à la tête de l’Etat trop longtemps. Un mandat renouvelable une fois est suffisant.» C’est la même conclusion qu’a retenue le président Bouteflika qui a révisé la Constitution dans ce sens. Fidel Castro a renoncé à l’exercice du pouvoir parce qu’il n’avait pas les moyens physiques. Un proverbe chinois dit : «Le seigneur est le bateau, les gens ordinaires sont l’eau, l’eau porte le bateau ou le fait chavirer.»

Quand les parlementaires sont élus au suffrage universel par des élections propres et transparentes, ils sont à l’écoute de leurs électeurs. Quand ils sont élus par des élections préfabriquées, ils obéissent au pouvoir qui les a désignés.Où conduit la politique étrangère de l’Algérie, pour autant qu’elle en ait une, avec deux ministres, Ramtane Lamamra et Abdelkader Messahel, un troisième superministre, le Président, et un quatrième, Lakhdar Brahimi, qui est souvent consulté ?

L’armée ne peut être marginalisée dans la prise de décision politique

Elle a désigné tous les présidents de la République et les deux présidents Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual qui ne se sont pas soumis à ses directives ont été obligés de se démettre. Rachid Mimouni a déclaré : «Qui a arrêté le processus électoral, l’armée, qui a proclamé l’état d’urgence, l’armée, qui dirige le pays, l’armée.» C’est l’armée qui a décidé des grandes orientations du pays et des règles de jeu qu’elle n’arrive plus à maîtriser.

Elle veut préserver encore pour une période un rôle prédominant à la tête du pays. Le président Bouteflika s’est accaparé de tous les pouvoirs, mais l’armée, soucieuse de garder sa prépondérance, préserve ses prérogatives politiques. Elle ne veut pas être l’appendice du pouvoir. Les tensions sont vives au sommet de l’Etat, des courants profonds et divergents divisent le sérail. L’objectif des luttes internes est le partage du pouvoir et des richesses du pays. L’armée n’a pas gardé sa cohésion, son homogéneité est divisée car les intérêts de ses dirigeants sont contradictoires. Elle a besoin d’une cure d’amaigrissement et seule la matière grise doit être favorisée. L’armée appartient à la nation, seulement à la nation, son devoir et son honneur c’est de servir la nation, seulement la nation et non le pouvoir.

La CNCPPDH est un annexion étatique des droits de l’homme

Le Conseil des droits de l’homme en discussion à l’APN doit remplacer la CNCPPDH présidée par Me Farouk Ksentini qui a été rétrogradée à la catégorie B au lieu de A et est même menacée de ne plus siéger au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le discernement politique et l’éthique aiguisent l’intelligence, offrent un nouveau regard sur les ligues et la CNCPPDH qui ont servi de courroie de transmission au système politique et au dernier pouvoir qui ont exploité cette grande et noble question des droits de l’homme à des fins de politique intérieure et internationale, pour tenter de redresser leur image dévalorisée par l’horreur et les abominales tortures, la répression féroce qui a dépassé les limites de l’intolérable, la soumission de la justice au pouvoir exécutif, l’humiliation des familles des disparus, etc.

Toute atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou morale d’une personne, quels que soient ses opinions, sa condition sociale ou son engagement politique est à proscrire. Une ligue ou organisation des droits de l’homme comme la CNCPPDH ne mérite ce nom que si elle n’a pas rallié le pouvoir et ses privilèges, que si elle n’est pas bruyante dans la forme mais stérile dans le fond, ne couvre pas les violations des droits de l’homme au lieu de les dénoncer, de les laisser être récupérées par le pouvoir, que si elle est libre, indépendante, souveraine dans ses décisions et ses orientations, à l’écoute du peuple.

La défense et la promotion des droits de l’homme ne peuvent être que l’œuvre d’une ligue des droits de l’homme indépendante de l’Etat et des partis politiques, représentative de ses militants, qui gère les affaires des droits de l’homme dans le cadre des lois du pays et des engagements internationaux souscrits par l’Algérie.

Les droits de l’homme ne sont jamais dans l’Etat, ils sont toujours face à l’Etat afin que chaque citoyen ait le droit d’exprimer ses idées et de les défendre. Farouk Ksentini a monopolisé par le verbe la défense des droits de l’homme, a soulevé sans succès l’annulation de la corruption qui fleurit dans le pays pour ceux qui ont de l’argent, des relations personnelles avec les clans du pouvoir et qui se moquent de la justice. Chakib Khelil, qui se trouve sur la sellette, mouillé par plusieurs procédures judiciaires à l’intérieur du pays et à l’extérieur, sait qu’il ne sera pas poursuivi par la justice sous le règne du président Bouteflika. La peine capitale n’a pas contribué à réduire la criminalité ou les violences politiques.

Le pouvoir est régionalisé et tribalisé

Le président Bouteflika veut soigner son image d’homme d’Etat de stature internationale, mais il n’applique par l’Etat de droit, transgresse les lois et sa politique des droits de l’homme est agressive et destabilisatrice. La dictature ne peut pas s’humaniser. La loi est la même pour tous, elle s’impose au pouvoir, aux juges et aux citoyens. Le Conseil d’Etat, qui doit être l’efficace protecteur des libertés individuelles et collectives, et dont le rôle est de protéger les citoyens contre les actes arbitraires du pouvoir, d’être le rempart de la légalité, devient le défenseur du pouvoir exécutif. La décentralisation du pouvoir qui assure aux élus locaux les moyens d’assumer leur responsabilité, renforce la cohésion sociale et l’unité nationale, alors que la centralisation des centres de décision nourrit l’aliénation.

La montée de l’intégrisme religieux, du dogmatisme, de l’obscurantisme et de l’oppression du fondamentalisme religieux, des traditions culturelles ont été un facteur de mobilisation des femmes. L’Algérie a refusé d’appliquer les normes juridiques internationales relatives aux droits de la femme qu’elle a acceptées et ratifiées. Des Algériens qui savent que le XXIe siècle est présent veulent vivre comme au XIVe siècle. C’est par l’éducation que passent toutes les routes qui mènent aux droits de qui sera le dauphin qui le choisira, qui le désignera, le président Bouteflika, la hiérarchie militaire, le peuple par la démocratie électorale ?

Le pouvoir se prépare à succéder à lui-même. Le Président veut organiser sa propre succession. Ce ne sont pas les appétits qui manquent, ils seront nombreux à sortir des bois, après les élections législatives du 20 avril 2017. Pourquoi le 20 avril lourd d’histoire ? La bataille pour la succession du Président s’annonce difficile, risque d’ouvrir une crise profonde. Un proverbe iranien dit : «Si on peut défaire le nœud avec les doigts, pourquoi y mettre les dents ?»

Les élections entachées de fraudes électorales massives, spécialité du pouvoir, ont mené à la normalisation du peuple et assuré le pouvoir d’être aux commandes du pays. Tout a été dit sur les élections qui ne servent qu’à reproduire le pouvoir.

Dans la mémoire collective des Algériens, le souvenir est frais de toutes les fraudes életorales qui ont fait déserter les urnes aux Algériens. A chaque élection locale, législatives, présidentielle le pouvoir ne cesse de dire et de répéter qu’elle sera crédible, libre et transparente, et qu’elle se déroulera dans les conditions de libre expression de la volonté populaire. Il faut mobiliser toutes les energies pour faire des élections législatives du 20 avril 2017 les premières élections démocratiques de l’histoire de l’Algérie, à part celles, locales, de juin 1990 et les législatives du 26 décembre 1991, qui ont déclenché le coup d’Etat militaire du 11 janvier 1992. Avant d’aller aux élections, il faut garantir la liberté et la sincérité du scrutin et l’assentiment du peuple souverain.

C’est le suffrage universel par des élections crédibles qui sont la première étape vers la démocratie, qui donne aux élus leur légitimité. Il n’y a pas d’autre voie que celle du suffrage universel exprimé par des élections propres et transparentes pour accéder au pouvoir et nul ne peut s’autoproclamer président de la République, président du Conseil de la nation ou président de l’APN s’il n’a pas obtenu la légimité par l’assentiment du peuple souverain. La politique politicienne du Président avait pour objectif de préparer après son élection, son réelection, par des élections truquées qui sont le pur produit de la dictature. Les élections préfabriquées peuvent entraîner la contestation par le peuple des résultats.

La séparation, la ligne de démarcation se situe entre l’ICSO — l’opposition nationale, qui veut des élections crédibles, qui expriment la volonté populaire — et le pouvoir avec ses alliés et ralliés qui veulent maintenir des féodalités politiques qui se placent dans le sens du vent pour se refaire une virginité politique, promues sur le seul critère de la courtisanerie et de l’affairisme, opposés à toute ouverture politique, qui s’approprient à l’avance comme d’habitude le vote du peuple et se déclarent déjà vainqueur des prochaines élections. Le scrutin législatif tunisien a été salué «pour se transparence et sa lucidité».

L’instance de concertation et de suivi de l’opposition (ICSO)

C’est la première opposition nationale depuis l’indépendance du pays, parce que le pouvoir a tout verrouillé. Elle n’est pas une entité homogène, mais une réunion de différents courants politiques qui agit sans passion, avec lucidité et responsabilité. Elle conserve sa diversité qui est sa richesse politique et morale, est ouverte et tolérante. Son exigence première est de définir des objectifs et des priorités qui guideront le changement qui n’est pas réalisable à l’intérieur du pouvoir.

Elle est active, fait bloc sur l’essentiel, rassemble et mobilise les forces vives de la nation pour défendre les libertés, car seule une politique basée sur une large soutien populaire peut assurer au pays la stabilité dont il a besoin et faire face aux défis auxquels il est confronté. Sa voix est l’indispensable contre-pouvoir à tous les pouvoirs que le président Bouteflika a concentrés entre ses mains, pour rendre l’Algérie aux Algériens.

L’ICSO doit répondre aux attentes du peuple, à ses revendications, faire entendre sa voix dans l’Algérie profonde, pour dénoncer le pouvoir totalitaire qui porte atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine. Elle est construite, il faut l’agrandir et la fortifier pour incarner le renouveau. Elle défend le peuple contre le pouvoir qui veut lui faire payer les conséquences cruelles de la crise économique.

Le peuple, dépositaire exclusif de la souveraineté nationale, a atteint la maturité politique qui lui permet de sauvegarder ce qui est en péril, les exigences de la démocratie avec ses deux piliers, la liberté et la justice, l’Etat de droit qui limite les droits du pouvoir, la séparation des pouvoirs et leur équilibre, l’indépendance de la justice, les droits de la femme. L’ICSO est collégiale et offensive, cohérente et fidèle à ses engagements. Il faut la préserver des initiatives intempestives ou des écarts de langage qui surgissent de malentendus parce qu’ils risquent de porter préjudice à l’espoir considérable créé par Mazafran. C’est une politique à courte vue, qui a besoin d’une cure de silence et d’abstinence.

La IIe République est une obligation et une nécessité

Dans son combat pour le changement démocratique, l’ICSO peut compter sur les Algériens serviteurs de la nation qui sont très nombreux. Quand le peuple ne décide pas par son vote le droit de destituer ses dirigeants, les critères de la démocratie sont pervertis. Démocratie signifie que le peuple est majeur et souverain ; dictature veut dire que le peuple est immature, irrationnel, ne peut décider de son destin, a besoin de tuteur. La conquête du pouvoir par des moyens non démocratiques est un fléau. Il n’y aura pas de démocratie tant que le peuple ne choisira pas librement ses représentants à toutes les institutions élues de l’Etat. La fin du pouvoir totalitaire qui régente le pays permettra d’établir la démocratie.

La démocratie est un espace politique recentré sur le droit et l’Etat de droit. Ses deux caractéristiques essentielles sont la séparation des pouvoirs et leur équilibre ; l’alternance au pouvoir qu’il faut préparer et réaliser repose sur le pluralisme dans toutes ses composantes, politiques, économiques, sociales et culturelles. Il ne suffit pas de s’opposer à la dictature qui a fait la fracturer de la société et lui a laissé la facture à payer ; il faut être humaniste, s’attaquer au chômage des jeunes qui ne cesse de s’aggraver et la part des diplômés qui ne cesse d’augmenter.

Les Algériens dans leur grande majorité manifestent leur opposition à la dictature. L’Algérie doit faire face à trois défis : celui de la légalité et de la légitimité du pouvoir ; celui de la crise économique avec ses conséquences sociales ; les inégalités qui ne sont fondées ni sur le travail ni sur le talent, ni sur la compétence ; celui de la corruption et de l’enrichissement illicite. L’axiome, la ligne de conduite de l’ICSO est «les uns avec les autres, et non les uns contre les autres».

La prochaine élection si elle est authentique, libre transparente crédible, bien préparée, donnera lieu au réveil de la conscience nationale Le machiavélisme qui sévit au sommet de l’Etat a imposé le terrain où il veut se battre, celui des élections truquées où il a remporté toutes les victoires. Le pouvoir qui sait frauder a déjà préparé les élections législatives du 20 avril 2017.

Il est assuré qu’elles seront comme d’habitude un plébiscite en sa faveur. Il accordera cette fois à l’opposition nationale un nombre important d’élus, pour l’intégrer afin que les débats ne se déroulent pas dans la rue. C’est ce que le système politique avait voulu réaliser le 26 décembre 1991 aux élections législatives, en voulant accorder au FIS une minorité importante afin qu’il ne s’impose pas par la rue.

Les partisans du pouvoir musclé, élus par la fraude électorale, s’identifient à leur fonction car l’art de la politique exige la durée, alors que l’essence même de la démocratie implique de le rendre au peuple. L’lectorat serait alors tenté de ne pas participer aux élections pour ne pas servir de caution démocratique au pouvoir. Il va dénoncer la farce électorale, boycotter massivement les élections, déserter les urnes. Là est le problème. Talaie El Houriat et le RCD ont annoncé leur position finale de participation ou non aux prochaines élections législatives à janvier 2017. Ennahda les rejoint en déclarant que sa participation ou non à l’élection relève du prochain Mejliss Echoura, C’est une décision sage et politique.

Plusieurs leaders des partis de l’ICSO ont des ambitions présidentielles. C’est normal, mais au deuxième tour, toutes les voix de l’opposition se reporteront sur son candidat. Chaque parti de l’ICSO a son ancrage populaire et son poids électoral. Le changement, il vaut mieux l’obtenir par des élections crédibles que par la violence.

(Par Ali Yahia Abdennour,Militant des droits de l’homme)

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