Iran : 29 personnes ont été tuées par des hommes qui ont ouvert le feu sur un défilé commémorant le début de la guerre Iran-Irak dans la ville d’Ahvaz.

La sexualité et la nudité demeurent des tabous dans la société tunisienne. Plus encore au cinéma. Dévoilées, portées sur grand écran, le corps des femmes est parfois sujet à de violentes réactions.

En marge des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC), une rencontre ayant pour thème « Rôles, actrices et violence », a été organisée par le parti « Al Massar » et l’association « Chouf » pour la défense des droits humains.

« C’est à la suite des violences dont a été victime l’actrice de ‘Much Loved’ que nous avons pensé à organiser cette rencontre. Ce n’est pas la première fois qu’une actrice – mais également des acteurs – font face à un tel acharnement », a affirmé Salma Baccar, scénariste et membre du parti « Al Massar ».

La levée de boucliers au Maroc autour du film « Much Loved » (« Zin li fik » en arabe) du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch en est l’illustration. Loubna Abidar, une des actrices du film a été violentée au Maroc pour son rôle de prostituée dans le film.

Le film qui suit le parcours de Noha, Randa, Soukaina et Hlima, quatre prostituées de Marrakech, a été interdit dans le royaume. Les autorités ont dénoncé « un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine ».

Le débat s’est poursuivi après sa projection lors des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) en Tunisie, premier pays arabe à le diffuser.

« Je me rappelle des critiques qu’a essuyées l’acteur Raouf Ben Amor pour son rôle d’homosexuel dans mon film « Fleur d’oubli ». On lui disait qu’il allait perdre ses fans », a renchéri Salma Baccar.

« Peu importe qu’on perde une partie de nos fans.

L’essentiel c’est d’être fidèle à ses convictions, de rapporter la réalité telle qu’elle est, aussi cruelle, aussi dérangeante soit-elle sans hypocrisie », lance Nabil Ayouch.

Aux critiques qui l’accusent de jouer sur la provocation, le réalisateur de « Much Loved » répond: « Je suis conscient que j’use de la provocation. C’est un moyen pour moi d’interpeller le spectateur, de le secouer ».

« L’actrice n’est que l’illustration parfaite de la violence dont sont victimes les femmes dans nos contrées. La violence est un état maladif qui ronge notre société.

Elle n’est pas l’apanage du monde artistique », estime de son côté l’actrice Sawssen Maalej.
L’actrice tunisienne revient sur les violences envers les femmes « qui se manifeste même dans notre dialecte, nos insultes. Ces dernières tournent presque toutes autour de la femme », a-t-elle relevé.

L’actrice tunisienne Naima El Jani a évoqué la polémique qui a entouré la série tunisienne « Hikayet Tounséya » (Histoires Tunisiennes). La série parlant du monde de la prostitution en Tunisie a soulevé des remous.

« Même les publicitaires ont retiré leurs publicités à l’époque. Ceci reflète la lâcheté des hommes d’affaires qui suivent la supposée opinion publique », a-t-elle déploré.

Les actrices, des bouc-émissaires

« Les scènes érotiques étaient monnaie courante dans les films égyptiens, personne ne s’en offusquait à l’époque », a déploré Khmaeis Khayatia, critique de cinéma.

Alors à quoi est dû ce retournement? « A une société qui ne veut pas voir la réalité en face. La prostitution au Maroc avec les riches hommes venus du golf est un phénomène connu, une réalité qu’on souhaite camoufler car elle dérange », estime Rim El Benna, actrice tunisienne.

« On n’aime pas faire face à certains phénomènes. Il est plus facile de désigner des bouc-émissaires. Ici ce sont les actrices qui incarnent des rôles qui dérangent », a également fustigé Sawssen Maalej.

Le rôle de la femme-objet,dénoncé

« Les scènes de sexe sans aucune raison d’être, parachutées sont aussi une forme de violence à l’égard des femmes car on les considère ainsi comme des objets. On use de leur corps seulement pour créer le buzz », lance l’actrice tunisienne Mariem Ben Chaâbane.

Une violence qui a été l’objet de l’intervention de Mirvet Medini Kammoun, universitaire.
« Clichés, femme-objet et stéréotypes. Quelles sont les limites des films tunisiens? » , tel est le titre choisi pour sa présentation lors d’une rencontre intitulée « Femme et violences en images » organisée par le Centre de Recherches, d’Etude de Documentations et d’Informations sur la femme (CREDIF) également dans le cadre des JCC et à l’occasion des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes.

« On se complaît à présenter l’aspect corporel, charnel de la femme dans le cinéma tunisien. Elle est toujours le sexe faible, la sentimentale, qui n’agit pas, d’où le fardeau des clichés », estime l’universitaire avant d’ajouter: « C’est un cinéma fait par des hommes pour des hommes et où règne des stéréotypes. »

« Certes le cinéma tunisien est audacieux dans le monde arabe. Il a été le premier à dévoiler la nudité de la femme sans tabous mais on attend d’entamer un autre pas plus audacieux: Présenter la femme qui dénonce, qui se rebelle et pas seulement la femme qui n’existe que par son apparence », a-t-elle déclaré.A quoi est dû « ce manque d’audace et de profondeur »? « A la dépendance du cinéma tunisien à des fonds étrangers imprégnés par l’orientalisme et le regard de dépaysement sur la femme tunisienne. Un cinéma réducteur, cantonné dans les médinas.

On espère voir la femme tunisienne authentique dans notre cinéma, pas comme la voit l’étranger », conclut l’universitaire.

Par Rihab Boukhayatia,30-11-2015)
 

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