Européennes 2014 : Le triomphe du FN, la claque de l’UMP, l’effondrement du PS

Le Front national arrive très largement en tête des élections européennes, avec 25,4% des voix, devant l’UMP (21,0%) et le PS (14,5%).

Le Front national triomphe

Pour la première fois, le Front national arrive en tête lors d’une élection nationale. Depuis plusieurs mois les sondages l’affirmaient, ce soir c’est une réalité. Avec environ 25% des suffrages, selon les estimations sorties des urnes, le parti d’extrême-droite multiplie par quatre son précédent score de 2009 (6,34%). C’était à l’époque une déroute. Mais ce soir, Marine Le Pen va pouvoir affirmer qu’elle a gagné son pari et clamer devant toutes les caméras que « le Front national est le premier parti de France ». « Il y aura une redéfinition totale de la vie politique française. Cette élection sera très probablement un tournant », voulait croire Marine Le Pen. Selon elle, la nette victoire du parti d’extrême droite va donner naissance à un tripartisme en France. Une manière de légitimer un peu plus le FN pour les prochaines élections.

Si les élections municipales avaient déjà annoncé la couleur avec 11 villes sous la coupe de l’extrême-droite, cette fois-ci, la vague bleue marine prend bien plus d’ampleur : le FN aura entre 23 et 25 députés à Strasbourg, contre trois auparavant. Marine Le Pen, avec son discours très offensif sur l’immigration, a réussi à mobiliser son électorat, pourtant peu motivé par ce rendez-vous électoral. Avec autant de députés européens, la place du Front national dans les couloirs du Parlement sera bien plus influente. Surtout que la patronne du FN s’est activée avant les élections pour nouer des alliances afin de constituer un puissant groupe europhobe dans la future assemblée.

Lourde défaite pour l’UMP

Même dans leurs pires prévisions, les cadors de l’UMP n’avaient pas pronostiqué un si mauvais score. Selon les estimations TNS Sofres, le parti d’opposition est devancé de 5 points par le Front national.

Sortie victorieux des élections municipales, l’UMP espérait être portée par la même vague mais le traditionnel balancier qui veut que le parti principal d’opposition bénéficie de l’impopularité de la majorité en place ne fonctionne plus. L’UMP, tiraillée sur le plan idéologique, la campagne du parti a été en grande partie inaudible. Et la tribune de Nicolas Sarkozy à trois jours du scrutin n’y aura rien changé.

Des résultats qui ne vont pas arranger les affaires de Jean-François Copé. Si la victoire a été collective aux municipales, la défaite pourrait s’avérer bien plus solitaire pour le président de l’UMP. D’autant que le parti, déjà en difficulté financière doit aussi faire face aux révélations sur ses folles factures pendant la présidentielle de 2012. Des voix demandaient déjà vendredi la tête du président du parti…

Le PS s’effondre

La « surprise » espérée par Manuel Valls n’a pas été au rendez-vous. Comme annoncé par les études d’opinion, le Parti socialiste se classe troisième du scrutin européen. Loin, très loin derrière le FN et l’UMP, avec seulement 14,7% des suffrages.

La déroute du PS était attendue, mais c’est son ampleur qui surprend. Le résultat se situe ainsi en deçà des 17% que prédisaient les instituts de sondage. Avec moins de 15%, le parti de la rue de Solférino fait moins bien que ses 16% obtenus en 2009. Un score à l’époque considéré comme une catastrophe. Les socialistes ont d’ailleurs frôlé de peu leur pire score de l’histoire des européennes, obtenu en 1994 par la liste Rocard : 14,49%.

Sur le plateau de France 2, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll n’a pas cherché à nier la déroute : « Il s’agit d’un signal pour les républicains », a-t-il estimé. L’implication active des ministres dans la campagne, voulue par François Hollande, n’aura donc pas suffit à limiter la casse.

L’alliance centriste gagne son pari

Ils ambitionnaient un score à deux chiffres. C’est fait. L’alliance UDI-MoDem obtient 10% des suffrages, selon les estimations de TNS Sofres. Un score toutefois à peine meilleur que ne l’avait fait le MoDem seul en 2009.

Tandis que plusieurs ténors de l’UMP, à l’instar d’Alain Juppé, appellent dès à présent les centristes à travailler main dans la main avec eux, le président de l’UDI défend l’autonomie des centristes : « Cette première élection nationale où nous nous présentions sous nos propres couleurs valide parfaitement notre stratégie », a lancé Yves Jégo, « l’UDI devient le socle d’une nouvelle force politique progressiste, seule susceptible d’offrir une alternative crédible au désarroi exprimé à nouveau par les Français dans ce scrutin ».

EELV perd 10 sièges

Avec 9% des suffrages, les écologistes enregistrent un net recul par rapport à 2009, quand Europe-Ecologie-Les Verts ont créé la surprise en obtenant 16,28% et 16 sièges d’eurodéputés. Cette fois, près de 6 sièges devraient revenir à EEELV, qui décroche dans ces élections comme tous les partis du bloc de gauche. Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale du parti écolo, a tout de même confié qu’elle « espérait être autour de 10 » sièges lorsque les résultats définitifs seront annoncés.

Dans le Sud-Ouest, José Bové, candidat à la présidence de la Commission européenne, obtiendrait 11,2% des voix, et arriverait en quatrième position derrière le FN, l’UMP et la liste PS-PRG, mais devançant Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Vincent Placé, qui s’exprimait sur France 2, a appelé à former un « rassemblement de la gauche » après ces élections.

Retour à la case départ pour le Front de gauche

Pari encore perdu pour le Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon tablait il y a une dizaine de jours sur un score au moins équivalent aux 11% obtenus à la présidentielle de 2012. Avec des premiers résultats le donnant entre 6 et 7%, la coalition entre le Parti de gauche et le Parti communiste ne serait pas parvenue à creuser son trou par rapport aux dernières élections européennes de 2009, quand elle avait réalisé sensiblement le même score (6,05%).

Le Front de gauche peut donc espérer entre 3 et 5 sièges au Parlement européen. Pour Jean-Luc Mélenchon, tête de liste dans le Sud-Ouest, il s’agit de résultats « très décevants ». Si le coprésident du Parti de gauche aurait obtenu 8,9% et devrait conserver son siège, il s’est dit « très triste » en apprenant les scores du Front national : « La France est entrée en éruption volcanique ce soir, et ça a commencé par une pluie très acide ».

(Le Nouvel Observateur)

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