La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a plaidé samedi depuis Gaza pour un Etat palestinien indépendant, quelques heures après la mort d’un Arabe israélien abattu par la police et sur fond de violences à Jérusalem-Est.

La police israélienne a annoncé samedi matin avoir abattu un jeune Arabe israélien dans un village du nord du pays, déclenchant d’autres affrontements et faisant redouter une possible contagion des violences aux villes arabes israéliennes, qui se sont jusqu’ici tenues à l’écart des heurts qui déchirent la Cisjordanie occupée et la partie palestinienne annexée et occupée par Israël de la Ville sainte.

Alors que le processus de paix, au point mort depuis 2000, semble au plus mal, Federica Mogherini a estimé qu’il fallait un Etat palestinien, affirmant qu’elle discuterait avec chacun des pays membres de l’Union européenne d’une possible reconnaissance. Pour l’heure, au sein de l’UE, seule la Suède a franchi le pas le 30 octobre, rejoignant quelque 134 autres pays.

Pour tenter d’ouvrir la voie à cet Etat souverain dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, Mahmoud Abbas a répété samedi qu’un projet de résolution demandant à l’ONU de fixer un calendrier pour la fin de l’occupation serait soumis courant novembre au Conseil de sécurité. Mais il pourrait être tué dans l’oeuf par un veto américain.

Depuis Gaza, dévastée durant l’été par une nouvelle offensive israélienne meurtrière, la troisième en six ans, Mme Morgherini a en outre prévenu que le monde «ne supporterait pas» une quatrième guerre.

– Reconstruction –

Les donateurs ont déjà mobilisé des milliards de dollars pour remettre sur pied les dizaines de milliers de maisons détruites par les bombardements israéliens ainsi que de nombreuses infrastructures à l’arrêt –dont l’unique centrale électrique financée par l’UE– mais butent toujours sur le blocus israélien qui empêche tout matériel de construction d’entrer dans l’enclave.

Les points de passage peinent à être rouverts faute de consensus palestinien sur leur gestion: après un accord de réconciliation historique en avril, le Hamas islamiste s’est engagé à céder le pouvoir à l’Autorité palestinienne, notamment pour le contrôle des frontières.

Mais une série d’attentats vendredi à Gaza contre des dirigeants du Fatah du président Mahmoud Abbas a encore plus fragilisé la précaire réconciliation et fait de nouveau planer sur l’enclave palestinienne, où s’entassent 1,8 million de Gazaouis le spectre des violences fratricides.

Face à l’impasse, Mme Morgherini avait déjà plaidé vendredi à Jérusalem pour une reprise urgente des discussions de paix sans laquelle «nous risquons de sombrer à nouveau dans la violence».

Elle rencontrera en soirée le Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, à Ramallah, ce dernier ayant annulé sa venue à Gaza après les attaques contre le Fatah, qui en a fait porter la responsabilité au Hamas.

– Nuits de colère –

Après la guerre à Gaza cet été –près de 2.200 morts côté palestinien, en majorité des civils, et plus de 70 côté israélien, quasiment tous des soldats– les tensions se concentrent désormais à Jérusalem-Est et notamment dans la Vieille ville, haut lieu touristique.

Toutes les nuits depuis plus de deux semaines, des affrontements y opposent jeunes Palestiniens jetant des pierres et des pétards sur des policiers israéliens répliquant à coup de balles en caoutchouc, de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes.

Ces heurts ont été particulièrement violents dans le camp de réfugiés de Chouafat, un dédale de ruelles où s’entassent de nombreux Palestiniens et accolé au mur israélien qui sépare Jérusalem-Est de la Cisjordanie occupée.

Les déflagrations ont également résonné toute la nuit dans la Vieille Ville toujours quadrillée par la police israélienne ainsi que dans différents quartiers palestiniens, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Si les raisons de la colère à Jérusalem sont multiples: chômage, humiliation, poursuite de la colonisation, etc… les Palestiniens estiment qu’une «ligne rouge» a été franchie depuis que des extrémistes juifs ont renforcé leur campagne pour réclamer le droit de prier sur l’esplanade des Mosquées, lieu saint musulman également vénéré par les juifs.

Ces militants ultra religieux ont récemment multiplié les visites sur l’esplanade, déclenchant de violents heurts avec les Palestiniens.

Plus au nord, c’est un village arabe d’Israël, Kfar Kana, qui s’est embrasé après que la police israélienne a abattu à l’aube un jeune qui s’opposait à l’arrestation d’un de ses proches pour des faits de droit commun. A la mi-journée la situation s’était calmée, a indiqué la police.

Selon le récit de la police, Kheir Hamdane, 22 ans, menaçait les officiers avec un couteau lorsque un policier a ouvert le feu sur lui. Le jeune homme est décédé lors de son transfert à l’hôpital.

Les Arabes israéliens, descendants des 160.000 Palestiniens restés sur leur terre après la création d’Israël en 1948, représentent aujourd’hui 20% de la population israélienne.

(AFP)

 

By AM

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